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Dix mois

J’ai reçu ce matin un gentil et très long email d’une lectrice du blog qui me suis depuis des années et qui est elle aussi jeune maman depuis peu. Elle était étonnée que je n’ai fait aucun article à ce sujet car elle en a plein le yoyo des blogomums parfaites et culpabilisantes (on en est toutes là). Ce n’est pas la première fois qu’on me fait cette réflexion et c’est souvent accompagné d’un « ça serait cool » ou « je suis sûre que tu pourrais rendre ça fun avec des gifs » parce que c’est un peu à ça que ressemble mon blog et mon compte instagram – mais la vérité c’est que j’en suis incapable.

Pourtant je partage pas mal de truc perso et intimes : je vous montre depuis 10 mois ici et sur instagram des photos de notre bordel, de nos voyages, de nos chats ou de notre Edie toujours bien cadrée. Je vous jure que j’ai toujours voulu être le plus vraie possible sur instagram, sans mise en scène ou arrangement. Mais j’ai pas pu. J’ai pas menti, j’ai juste pas montré. J’étais pas prête à partager tout ça à chaud ; sûrement par honte, par culpabilité, par fatigue face aux inévitables questions, réflexions ou conseils bien intentionnés… mais plus que tout par colère et sentiment d’injustice qui nous dépassaient mon mari et moi. Je n’aurais pas su par où commencer sans rentrer dans quelque chose de profondément intime que nous n’étions pas prêts à divulguer. Alors on a choisi de cadrer nos photos et de ne pas l’évoquer. Parce que la vérité c’est que ça n’a pas été si cool que ça ces 10 derniers mois et que je ne veux pas mettre de gifs sur ces moments pour les rendre plus funs, je ne veux pas les dédramatiser.

Je ne veux pas dédramatiser le fait qu’à 3 jours ça a été un déchirement atroce que mon bébé ait une double dysplasie des hanches diagnostiquée. Mon monde plein d’hormones et de bonnes intentions s’est écroulé d’un coup, mon bébé a une malformation héréditaire. Héréditaire comme dans « oh elle a les yeux de sa mère » sauf que là c’est pas de ses yeux marrons qu’on parle. Chaque commentaire qui se voulait gentil et encourageant était comme un coup de poignard dans une plaie béante et je n’ai supporté que ma maman qui a trouvé les mots – j’imagine que l’avoir vécu il y a 30 ans aide. Et à 9 jours on a immobilisé mon bébé dans un harnais de Pavlik à porter 24h/24. J’ai fait un malaise à l’hôpital en voyant ce harnachement horrible et mon mari a du tout gérer pendant les jours suivants – trois très longs jours – car j’étais trop submergée de culpabilité à pleurer dès que je croisais le regard de mon bébé.

Franchement je vous aurais bien mis un gif rigolo là pour détendre l’atmosphère mais la vérité c’est que ça a été un travail de très longue haleine pour sortir la tête de l’eau, une période remplie de premières fois dont on se serait bien passés.

Il y a eu la première fois qu’on a du lui remettre le harnais après un bain, aussi énervés l’un que l’autre de ne pas y arriver et surtout d’avoir à le faire alors que les autres parents ont leur bébé juste en couche. Une belle grosse engueulade. La première fois que quelqu’un m’a arrêtée dans la rue pour me demander « qu’est ce que vous lui avez fait aux jambes au bébé ? il a quoi ? ». J’étais pas prête pour cette violence. Je me suis habituée aux regards en coins quotidiens, aux montrages du doigt, mais les reproches à voix haute j’ai pas pu. Le premier tri dans son placard avec des sacs entiers de vêtements qu’elle ne pourra pas porter vu qu’elle doit rester en body harnachée. Je l’avais imaginée tout au long de ma grossesse dans chacun de ses vêtements que j’avais choisis avec soin, j’ai eu le coeur en miettes. Et le pire du pire, la première fois que je me suis fait de faux espoirs. La situation était tellement inconcevable pour moi que je m’étais auto-persuadée qu’au premier rendez-vous de contrôle mensuel avec la chirurgienne, elle nous dirait d’arrêter le traitement. Evidemment non. Et j’ai décidé de ne plus jamais me faire de faux espoirs, c’était trop dur de tomber de haut.

Le traitement a duré 5 mois et un jour on a eu d’un coup à bras notre bébé « normal » qu’on redécouvrait. Avec une nouvelle épée de Damoclès au dessus de la tête : un rendez-vous avec son neurochirurgien était fixé 15 jours plus tard. Immobilisée, la plagiocéphalie congénitale de notre bébé s’est sévèrement empirée et malgré les 3 rdv kiné par semaine, l’ostéopathe tous les 15 jours et toutes les tentatives de positionnement la nuit, nous n’avons rien pu faire. Après 5 mois de harnais, on est partis pour 4 mois de casque remodelant à porter 22H par jours.

Franchement, c’était limite facile et reposant en comparaison du cauchemar du harnais – mais ça ne veut pas dire que ça a été facile tout court. Finis les bisous sur la tête, les cheveux qui poussent ou les câlins au calme en caressant la tête.

Je vous la fais courte, mais quand au bout de 4 mois, le neurochirurgien nous a dit « allez c’est bon ce bébé en a eu assez comme ça, laissez la tranquille libre » je lui ai fait répéter incrédule et j’ai eu du mal à contrôler mes pleurs pendant les heures qui ont suivies.

9 mois de stress et de culpabilité à évacuer, ça en fait des larmes.

En parcourant notre album photo que je prépare pour le premier anniversaire d’Edie, j’ai eu cette hésitation qui m’a traversée l’esprit : viens on fait comme si ça n’avait pas existé et je ne mets que les photos bien cadrées sans harnais ni casque. Je ne sais pas pourquoi, par culpabilité encore ? Pour que Edie ne sache pas tout ça ? Mais il faut qu’elle le sache je pense. On ne le lui racontera pas à chaque repas de famille, mais il faudra qu’elle sache qu’elle a du se battre direct et qu’elle a tout surmonté avec le sourire. Je n’ai jamais eu de pleurs pendant les heures d’attentes aux hôpitaux, pendant les séances de kiné et d’ostéopathe à être tournée dans tous les sens, pendant les chaleurs de l’été dans son harnais ou quand le casque lui filait de l’eczéma. Jamais, toujours un grand sourire qui vous donne du courage et fait passer la pilule.

Il y a 15 jours; ma kiné m’a dit qu’elle repensait à la première fois où j’étais arrivée complètement désabusée avec mon bébé harnaché sous le bras et que j’en avais fait du chemin. Sa stagiaire m’a demandé si j’avais des conseils pour d’autres mamans pour tenir le coup – pas vraiment. J’ai pris un congé parental pour gérer les rendez-vous médicaux au quotidien et on a foncé en essayant de réfléchir le moins possible. Avoir des professionnels qui donnaient des deadline aidait beaucoup, on s’accrochait aux progrès à chaque rendez-vous et on gardait en tête la date du rendez-vous suivant. Par contre je n’ai lu aucun forum internet quasiment, adieu Doctissimo. Mais surtout nous étions entourés de nos familles et amis pour pouvoir décompresser et boire du vin – ils ont su quand ne pas en parler, quand en pleurer et quand en rire et lui inventer des surnoms comme Robocop ou Brienne de Thor.

Ca serait mon seul conseil, bien s’entourer et s’accorder des pauses pour décompresser.

Voilà pourquoi je n’ai jamais parlé de la maternité sur internet avant, car la mienne a été spéciale et a vrillé dès le 3e jour. C’est la vie, voilà tant pis. Je finirais bien sur une note positive en vous disant que ça nous a rendus tous les trois plus forts mais j’en sais rien, j’espère en tout cas – ça serait toujours ça de pris ! Et c’est presque dernière nous, le casque est rangé sur l’étagère de la chambre d’Edie depuis quelques jours, les cheveux blonds commencent à pousser et la prochaine radio de contrôle des hanches du mois prochain ne me met pas encore de boule au ventre.

On avance en essayant de ne pas y penser et on fera ce qu’on nous dit de faire. J’imagine que c’est ça qui résume le mieux ma maternité.

2017.02 February – When in doubt make out

J’en reviens pas de la vitesse à laquelle Février a défilé. Je n’aurais pas rempli mon agenda au fur et à mesure, j’aurais juré que seulement 2 semaines était passées – franchement les 28 jours jamais j’arriverai à m’y habituer, je suis comme les mamies qui râlent du temps en allant acheter leurs tulipes.

Autant de livres que de Gins ce mois-ci, c’est pas peu dire. J’ai profité du fait que Remedios ait besoin de quelques photos de son nouveau bar pour goûter environ tout ce que je voyais passer : les tapas sont largement validés et les Gins je ne sais pas, je ne sais plus, j’étais trop occupée à danser sur Jennifer Lopez.

J’ai acheté 3 livres en pages cartonnées épaisses au PIF à la librairie pour le crapaud :
Magali Le Huche – Doudou cherche bébé // Oui oui oui : gros coup de coeur ! L’histoire est mignonne comme tout et j’ai aimé que (pour une fois dans un livre bébé) ça soit le papa qui représente la figure parentale et qui fasse les câlins et le coucher du bébé.
Jean Leroy – Les orteils n’ont pas de nom // Tout est bon pour chatouiller les orteils, encore plus si y’a des couleurs, des chiffres et des livres. Très bien fait !
Patrice Killoffer – Léon l’étron // NON NON NON NON NON. C’est un livre pour enfant ? Franchement j’ai eu un vrai doute. Je suis une grande fan des livres pipi caca (me jugez pas) mais jamais de la vie je ne lirai à ma fille un livre dont l’histoire est : le caca pue, il est différent et n’a pas d’amis, il n’a d’autre choix que de se SUICIDER. FRANCHEMENT ILS SONT SERIEUX ? Je suis énervée rien que d’y re-penser.

La vie est parfois bien faite : j’ai acheté un sweat Maison Labiche brodé trop mignon à Edie et le même jour je recevais ma commande It Fils Good. Il me tarde bien l’été pour ne plus cacher mes t-shirts cools sous des gilets et des sweats, ça devient vraiment trop frustrant à force cette histoire.

En parlant d’histoire (TOP3 de mes pires transitions) : je remercie fort Marion de m’avoir conseillé le livre Edie de Sophy Henn qui m’a mis un grand grand sourire <3

Remedios donnant un cours sur le Gin (oui, c’est une obsession) ce soir-là, je ne pensais vraiment pas faire la St Valentin (et surtout, on ne la fête jamais donc bon). Mais comme la vie est pleine de surprises, la chambre rouge de l’hôtel de l’Opéra était assortie aux paillettes de ces boots Saint Laurent qui m’ont quasiment valu un malaise vagal de surprise et de bonheur. Franchement, elles mériteraient un collage de tout ce qu’elles m’inspirent et autant de gifs qui brillent de mille feux.

J’ai reçu ma commande chez l’artiste Victoria Villasana et WOW j’ai envie d’en parler au monde entier. Je la suis sur instagram depuis des années quand il y a 5 ou 6 ans ma copine Gisèle Price était partie à sa rencontre en Argentine pour parler mode et DIY.

J’ai eu un coup de coeur pour ce tableau People Have The Power qu’elle a fait après le 11 Novembre et il m’a fallut tout ce temps pour passer le pas et commander. Il faut compter environ un mois entre la commande et la réception (forcément, le Mexique ça n’est pas la porte à côté) et vous pourriez être un peu surpris en déballant le colis : la photo non encadrée ne paye vraiment pas de mine et les finitions au dos sont un peu roots au gros scotch. J’ai acheté un cadre profond à 30€ et fait le passe-partout moi même sur mesure. TADAAAAAM. Une fois encadré, le résultat est vraiment bluffant et on oublie vite le désemballage du colis.

Woop Woop ! J’ai réussi à tenir le rythme de lecture de Janvier !

Léon Tolstoï – Anna Karénine Tome I // J’AI FINI LE TOME I ! Je vous jure, j’ai envoyé des photos de la page finale à tout le monde tellement j’étais fière. J’ai ADORÉ les personnages et la description de leurs sentiments, mais j’ai eu besoin d’une petite pause avant d’enchaîner le Tome II pour ne pas avoir eu l’impression de n’avoir lu que Tolstoï pendant tout le mois.
Aude Picault – Idéal Standard // Une très belle surprise, j’ai souri et chouiné devant cette bd vraiment criante de vérité. Entrecouper les récits du quotidien de cette trentenaire par des scènes en unité néonatale avec des prématurés était une idée géniale pour le rythme (et nous faire chouiner).
Guillaume Bouzard – Jolly Jumper ne répond plus // Remedios l’a lu le premier et m’a dit de le lire vite, je l’ai lu en éclatant de rire plus d’une fois et je l’ai filé à un copain qui m’a dit qu’il était beaucoup trop court vu comme il était drôle. LISEZ LE.
Carene Ponte – Trois Femmes // NON. Non non non. OK c’est de l’autoédition mais franchement une faute toutes les 5 lignes moi ça me coupe tout. Du coup je ne suis pas rentrée dans l’histoire du tout, j’ai fini le livre énervée de ne pas avoir passé un bon moment et je me suis jetée sur une valeur sûre : SAGAN.
Françoise Sagan – Le Lit Défait // Qu’est ce que j’aime son écriture bon Dieu ! Honnêtement j’aurais aimé que ce livre ne finisse jamais tellement j’étais plongée avec eux dans leur chambre bleue décrite à la perfection.
Pénélope Bagieu – Culottées Tome II // Aussi bien que le Tome I ! J’aime particulièrement que tout ces portraits soient aussi différents les uns des autres, et surtout c’est une vraie découverte à chaque fois. Je ne sais pas combien de tomes Pénélope Bagieu a prévu de faire, mais ça sera un régal à donner à Edie dans 10 ans.
Satanisme et Sorcellerie dans le Rock – Histoire d’un mythe // Bof. Je n’ai rien appris (sauf les 20 premières pages sur le blues que j’ai adorées, mais bon y’a eu 230 pages après quoi) et j’ai passé des heures à me demander « mais putain comment ils font pour lire les vinyles à l’envers ces zinzins ? ».
Poppy Z. Brite – Coupable // J’ai rarement fait des rêves aussi bizarres après mes lectures, en ce moment après chaque chapitre c’est le Freak Show dans mon inconscient. Ca se lit tout seul et c’est un vrai plaisir à dévorer (mais vraiment NSFW, pour ne citer que deux temples : Poppy Z. Brite y imagine des relations sexuelles entre John Lennon et Paul McCartney, ou encore entre elle et William S. Burroughs mort)(je ne sais pas s’il faut dire elle ou il pour parler de l’auteur, mais vu que dans le livre c’est le féminin qui est utilisé, je vais suivre sur ce coup-ci)

It gets better

Il y a 10 ans jour pour jour mon monde a basculé.

Le 16 février 2007, immortalisée par des paparazzis qui n’en ratent pas une miette, Britney Spears se rasait complètement la tête, l’air hagard. Je dis l’air hagard mais j’ai beaucoup hésité avec « le regard vide / désespéré / perdu ». J’avais 21 ans et une de mes idoles appelait à l’aide en boucle dans les journaux télévisés et en couverture de tous les magazines.

Plus tard on a eu ce meme incroyable qui résumait bien mon état :

Honnêtement j’aurais pu être lui si j’avais eu des rideaux dans mon petit studio de l’époque.

Oh Britney comme tu m’as brisé le coeur avec ton regard perdu là. Tout est glauque dans cette nuit : le jogging du dimanche, le salon de coiffure cracra et l’enchainement sur un salon de tatouage encore plus cracra. Il n’y a rien de réfléchi, il y a juste du désespoir et ce qui ressemble à une tentative ultime de se réapproprier son corps. On a déjà toutes été tristes à pas pouvoir se saquer dans le miroir « et si je faisais une frange ou une couleur ? Ca changerait tout ? » IMAGINEZ le dégoût qu’elle devait ressentir pour en arriver à se raser la boule à zed là comme ça avec ce regard là. Tout le monde était d’accord : elle a pété un plomb. Et c’était aussi fascinant que creepy à regarder.

Et comme si c’était pas assez il y a eu la perte de la garde de ses enfants, le playback de Gimme More aux MTV Awards, les perruques mal mises, les hospitalisations et Adnan Ghalib.

C’était comme regarder un accident de voiture au ralenti sans pouvoir détourner les yeux.

Franchement c’était pas évident d’être fan de Britney Spears pendant les années qui ont suivi. On attendait le fameux comme-back à chaque album et tout ce dont les gens parlaient c’était ce rasage de tête – ça avait même cartonné en déguisement d’Halloween ! Spoiler : le come-back a mis du temps à arriver, ses choix de copains ont été de pire en pire et son regard était de plus en plus désespéré dès qu’on la mettait dans la lumière.

Les torrents de sanglots devant ce documentaire.

C’était vraiment dur à regarder, comme une copine avec qui on a grandi qui s’enfonce dans la mauvaise direction et qui ne veut pas écouter nos conseils. Britney m’aura appris ça : le déclic ne peut venir que de la personne et on ne peut rien faire d’autre qu’être là toujours et lui laisser la place de faire son chemin.

Pourquoi Britney Spears a réussi son come-back alors qu’on attend toujours celui de Lindsay Lohan ou Mischa Barton ? Son instagram, ses interviews et ses paparrazades me poussent à penser que c’est grâce à sa famille, le noyau qui lui donne sa stabilité, c’est son socle. (et pardon mais quand on voit les parents de LiLo, on peut toujours attendre). Je pourrais presque la comparer à une autre starlette qui s’est battue contre une maladie à la même époque : je suis persuadée que ses enfants ont joué pour beaucoup pour faire reculer l’anorexie de Nicole Richie.

10 ans plus tard, ce conte de fée moderne (sans prince charmant) a inspiré des centaines de mugs pour notre génération et me remonte le moral à chaque fois que je regrette une coupe de cheveux ratée, quelques kilos en trop ou une vidéo de moi chantant Céline Dion après avoir bu trop de Buds : IT GETS BETTER. Comme disent les mugs : si Britney a survécu à 20017, tu peux survivre à cette journée.

Merci pour ça Britney.

ET SHAME ON YOU KATY PERRY DE TE MOQUER 10 ANS APRES POUR LANCER UN SINGLE NUL. SHAME SHAME.

PS : j’aimerais vraiment terminer cet article par un gros clin d’oeil à Elise Costa, celle qui n’a pas rencontré Britney Spears et avec qui je peux en parler des heures. It Gets Better, tout s’arrange : nos cheveux, nos sourcils et notre peau qui brille de bonheur au concert de Britney en 2009.

The Future is Female

Ca fait quatre jours que j’essaye de sortir cet article et que je me retrouve à regarder des jeans avec des tigres brodés sur Topshop ou des gifs de Mariah Carey. Quand ça veut pas hein.

Je me lance.

#LIKEAGIRL

J’ai eu une grossesse assez marquée par le féminisme à lire des bouquins comme How to Build a Girl de Caitlin Moran ou des biographies de rockeuses à la pelle en l’imaginant digne descendante de Dolly Parton ou Debbie Harry. C’est pas moi, c’était les hormones.

J’effacerai ce paragraphe si un jour j’ai un garçon mais la vérité c’est que j’ai pleuré de bonheur quand j’ai su que nous attendions une fille. J’étais terrifiée à l’idée d’éduquer un ado avec des chaussettes sales partout et un début de moustache… alors que bon une fille ok – j’ai fait la totale à mes parents : des portes qui claquent aux sorties à l’Aposia en cachette en passant par les cheveux roses et le piercing Britney Spears au nombril. C’est bon je connais, ça me fait moins flipper que l’inconnu avec sa voix qui mue. Pourtant Dieu sait que j’aime tous les petits garçons qui m’entourent, mais je ne l’explique pas je me vois avec une tribu de petites meufs ¯\_(ツ)_/¯

Bref, j’étais heureuse, confiante, high on life et PAF il y a eu cette pub qui passait sans arrêt :

J’ai passé 9 mois à pleurer devant une publicité pour serviettes hygiéniques.
De vrais gros sanglots sans m’arrêter, le coeur brisé par ses filles qui passent de courir de toutes leurs forces à faire semblant de ne pas réussir à courir en talons. C’est bien ça qu’ils imitent ? D’ailleurs c’est faux, la meuf du Jurrasic Park de 2015 a survécu aux dinosaures en talons hauts.

Evidemment que c’est juste du (très bon) marketing mais il n’empêche que le fait est là et que je tuerais pour qu’Edie ne passe jamais cette frontière où faire quelque chose comme une fille devient une insulte, une faiblesse. Pas encore née, je ne voyais pas vraiment comment contrôler cette crainte (malheureusement très fondée quand on voit l’actualité mondiale) et me rassurer. En plein dans la peinture bleue de sa chambre, on a décidé de remplir ces murs de phrases et de chansons qu’on trouvait cools pour que ses premières inspirations ne soient pas forcément liées à un prince charmant qui la sauverait, l’épouserait et lui ferait beaucoup d’enfants.

Petite aparté : c’est fou comme on est plein de bonnes intentions et d’idéaux au début. J’ai passé les deux premiers mois à lui chanter Love Me Tender comme berceuse en mode « génial ça sera trop cool quand elle s’en souviendra » – 6 mois plus tard j’ai déjà chanté 3 fois Pirouette Cacahouète aujourd’hui en tapant dans les mains comme une neuneu.

Comme pour le moment c’est encore moi la chef de la décoration, on continue sur cette voie et je suis la plus heureuse du monde à chaque fois que je rajoute une pierre à l’édifice avec de nouvelles images !

Les hormones et les pubs de serviettes hygiéniques diminuant, j’ai pu calmer mes angoisses. Sauf que d’un coup je suis tombée sur cet article : 6-Year-Old Girls Already Have Gendered Beliefs About Intelligence.

En gros gros résumé, une étude a prouvé qu’à partir de six ans les petites filles pensent que les hommes sont naturellement plus intelligents et plus doués que les femmes, elles ont même tendance à laisser les jeux de réflexion aux garçons. J’ai eu le coeur en miettes en lisant ça. SIX ANS ! Mais enfin, à quel moment on bascule comme ça ?

HERO

Rebecca S. Bigler, professeure de psychologie à l’Université du Texas à Austin, a expliqué que les stéréotypes se développent au tout début de l’école primaire, lorsque les élèves sont exposés à de célèbres scientifiques, compositeurs ou écrivains, ces « génies de l’histoire » qui sont la plupart du temps des hommes. « Il faut ensuite expliquer aux enfants que des lois ont été adoptées expressément pour empêcher les femmes de devenir ces génies de l’histoire et des dirigeantes », croit la professeure Bigler. (sources)

Des lois pour empêcher les femmes de voter / ouvrir un compte en banque sans la signature de leur mari / porter des pantalons / avorter / faire certains métiers d’homme. Et on va répondre quoi quand les gosses vont nous demander « et pourquoi ? ». Qu’est-ce-que j’en sais moi pourquoi ces lois ont existé ? J’aimerais pouvoir répondre que c’était il y a très très longtemps ma chérie, et que les hommes étaient vraiment cons à croire que la terre était plate, que les personnes noires étaient des esclaves sans valeur et les femmes des sorcières mais c’est cool c’est fini maintenant mon coeur !
J’adorerais lui répondre ça, mais ça serait un mensonge encore plus gros que le Père Noël. J’ose même pas imaginer les conneries que va pondre Trump et qu’on va devoir expliquer à nos enfants devant les actualités.

Je m’énerve toute seule devant ma télé et je n’ai pas vraiment de réponse à ce bordel.
Tout ce que j’ai trouvé comme action concrète (autre que lui mettre un body GRL PWR ahah) pour essayer de contrer ce stéréotype horrible des hommes plus intelligents c’est de me préparer à la bombarder de femmes fortes, différentes et exceptionnelles.

Evidemment elle n’a que 8 mois, j’ai tout le temps qu’il faut devant moi pour moi-même m’éduquer, m’instruire (m’inscrire à la médiathèque) et découvrir chaque jour de nouvelles meufs. Et wow y’a du boulot parce que je suis une grosse privilégiée blanche qui a 1000 choses à apprendre des autres. J’espère dévorer un million d’articles et de livres (jeunesse ou non) sur le sujet et vous pouvez vous attendre à ce que – forcément – ça se reflète ici.

On va pas se voiler la face, des deux c’est largement pour moi que je le fais et je n’ai aucune idée de si ça jouera ou pas sur son futur et sa confiance en elle. L’avenir nous le dira et je ne vise rien de foufou, elle pourra bien aimer les histoires de princes charmants ou La Reine des Neiges plus tard je m’en fous pas mal, j’aimerais seulement qu’elle sache qu’elle aura tous les choix possibles, toutes les voies ouvertes.

(surtout celles de la chanson Country, soyons honnêtes)

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