The Future is Female

Ca fait quatre jours que j’essaye de sortir cet article et que je me retrouve à regarder des jeans avec des tigres brodés sur Topshop ou des gifs de Mariah Carey. Quand ça veut pas hein.

Je me lance.

#LIKEAGIRL

J’ai eu une grossesse assez marquée par le féminisme à lire des bouquins comme How to Build a Girl de Caitlin Moran ou des biographies de rockeuses à la pelle en l’imaginant digne descendante de Dolly Parton ou Debbie Harry. C’est pas moi, c’était les hormones.

J’effacerai ce paragraphe si un jour j’ai un garçon mais la vérité c’est que j’ai pleuré de bonheur quand j’ai su que nous attendions une fille. J’étais terrifiée à l’idée d’éduquer un ado avec des chaussettes sales partout et un début de moustache… alors que bon une fille ok – j’ai fait la totale à mes parents : des portes qui claquent aux sorties à l’Aposia en cachette en passant par les cheveux roses et le piercing Britney Spears au nombril. C’est bon je connais, ça me fait moins flipper que l’inconnu avec sa voix qui mue. Pourtant Dieu sait que j’aime tous les petits garçons qui m’entourent, mais je ne l’explique pas je me vois avec une tribu de petites meufs ¯\_(ツ)_/¯

Bref, j’étais heureuse, confiante, high on life et PAF il y a eu cette pub qui passait sans arrêt :

J’ai passé 9 mois à pleurer devant une publicité pour serviettes hygiéniques.
De vrais gros sanglots sans m’arrêter, le coeur brisé par ses filles qui passent de courir de toutes leurs forces à faire semblant de ne pas réussir à courir en talons. C’est bien ça qu’ils imitent ? D’ailleurs c’est faux, la meuf du Jurrasic Park de 2015 a survécu aux dinosaures en talons hauts.

Evidemment que c’est juste du (très bon) marketing mais il n’empêche que le fait est là et que je tuerais pour qu’Edie ne passe jamais cette frontière où faire quelque chose comme une fille devient une insulte, une faiblesse. Pas encore née, je ne voyais pas vraiment comment contrôler cette crainte (malheureusement très fondée quand on voit l’actualité mondiale) et me rassurer. En plein dans la peinture bleue de sa chambre, on a décidé de remplir ces murs de phrases et de chansons qu’on trouvait cools pour que ses premières inspirations ne soient pas forcément liées à un prince charmant qui la sauverait, l’épouserait et lui ferait beaucoup d’enfants.

Petite aparté : c’est fou comme on est plein de bonnes intentions et d’idéaux au début. J’ai passé les deux premiers mois à lui chanter Love Me Tender comme berceuse en mode « génial ça sera trop cool quand elle s’en souviendra » – 6 mois plus tard j’ai déjà chanté 3 fois Pirouette Cacahouète aujourd’hui en tapant dans les mains comme une neuneu.

Comme pour le moment c’est encore moi la chef de la décoration, on continue sur cette voie et je suis la plus heureuse du monde à chaque fois que je rajoute une pierre à l’édifice avec de nouvelles images !

Les hormones et les pubs de serviettes hygiéniques diminuant, j’ai pu calmer mes angoisses. Sauf que d’un coup je suis tombée sur cet article : 6-Year-Old Girls Already Have Gendered Beliefs About Intelligence.

En gros gros résumé, une étude a prouvé qu’à partir de six ans les petites filles pensent que les hommes sont naturellement plus intelligents et plus doués que les femmes, elles ont même tendance à laisser les jeux de réflexion aux garçons. J’ai eu le coeur en miettes en lisant ça. SIX ANS ! Mais enfin, à quel moment on bascule comme ça ?

HERO

Rebecca S. Bigler, professeure de psychologie à l’Université du Texas à Austin, a expliqué que les stéréotypes se développent au tout début de l’école primaire, lorsque les élèves sont exposés à de célèbres scientifiques, compositeurs ou écrivains, ces « génies de l’histoire » qui sont la plupart du temps des hommes. « Il faut ensuite expliquer aux enfants que des lois ont été adoptées expressément pour empêcher les femmes de devenir ces génies de l’histoire et des dirigeantes », croit la professeure Bigler. (sources)

Des lois pour empêcher les femmes de voter / ouvrir un compte en banque sans la signature de leur mari / porter des pantalons / avorter / faire certains métiers d’homme. Et on va répondre quoi quand les gosses vont nous demander « et pourquoi ? ». Qu’est-ce-que j’en sais moi pourquoi ces lois ont existé ? J’aimerais pouvoir répondre que c’était il y a très très longtemps ma chérie, et que les hommes étaient vraiment cons à croire que la terre était plate, que les personnes noires étaient des esclaves sans valeur et les femmes des sorcières mais c’est cool c’est fini maintenant mon coeur !
J’adorerais lui répondre ça, mais ça serait un mensonge encore plus gros que le Père Noël. J’ose même pas imaginer les conneries que va pondre Trump et qu’on va devoir expliquer à nos enfants devant les actualités.

Je m’énerve toute seule devant ma télé et je n’ai pas vraiment de réponse à ce bordel.
Tout ce que j’ai trouvé comme action concrète (autre que lui mettre un body GRL PWR ahah) pour essayer de contrer ce stéréotype horrible des hommes plus intelligents c’est de me préparer à la bombarder de femmes fortes, différentes et exceptionnelles.

Evidemment elle n’a que 8 mois, j’ai tout le temps qu’il faut devant moi pour moi-même m’éduquer, m’instruire (m’inscrire à la médiathèque) et découvrir chaque jour de nouvelles meufs. Et wow y’a du boulot parce que je suis une grosse privilégiée blanche qui a 1000 choses à apprendre des autres. J’espère dévorer un million d’articles et de livres (jeunesse ou non) sur le sujet et vous pouvez vous attendre à ce que – forcément – ça se reflète ici.

On va pas se voiler la face, des deux c’est largement pour moi que je le fais et je n’ai aucune idée de si ça jouera ou pas sur son futur et sa confiance en elle. L’avenir nous le dira et je ne vise rien de foufou, elle pourra bien aimer les histoires de princes charmants ou La Reine des Neiges plus tard je m’en fous pas mal, j’aimerais seulement qu’elle sache qu’elle aura tous les choix possibles, toutes les voies ouvertes.

(surtout celles de la chanson Country, soyons honnêtes)

16 commentaires
  1. Zélia
    10 février 2017 à 19:10

    Dans quelques semaines je commence mon cours de Littérature Jeunesse. Je les attends de pied ferme sur les genres et les différentes représentations des filles et femmes dans les livres.
    J’espère que ça sera que du positif comme ça j’aurai râlé dans le vent mais j’ai très peur de ce que ça va donner.

    Je pense que comme future bibliothécaire, c’est aussi à nous, dans les établissements publiques de fournir les collections de documents (et de faire des animations) pour soutenir les parents qui œuvrent à une éducation qui balaye les genres et les « martine fait le ménage pendant que Etienne bricole sa motobecanne ». Et bordel j’ai hâte d’être cette bibliothécaire qui quand une petite fille/ado viendra me voir, je lui laisserai le choix entre les bouquins de sf, horreur, policier ou romances. Enfin, c’est ma modeste micro contribution pour que ça bouge un peu.

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    • Bobby Elroy
      17 février 2017 à 16:11

      Ca me donne encore plus envie de m’inscrire à la médiathèque !

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  2. annso
    11 février 2017 à 12:21

    C’est « marrant », j’ai eu plus ou moins les mêmes pensées pendant la grossesse, sauf que je ne connaissais pas le sexe de mon futur bébé : aurais-je une fille, à qui il faudra apprendre qu’elle vaut bien plus que ce que la société veut lui faire croire ? Ou aurais-je un fils, à qui il faudra apprendre à respecter et valoriser toutes les activités féminines si souvent dénigrées ? En attendant de découvrir ça, on a peint la chambre en bleu aussi, mais avec de la décoration rose.

    1 an plus tard, c’est un garçon ! On va à la médiathèque une ou 2 fois par mois, et parfois, je me fais avoir, je prends un livre sans l’avoir lu avant. Je découvre ainsi l’histoire de Wafouwafou le chien qui se promène dans la ferme, et découvre le canard qui fait coin coin, le cochon qui fait rrrrr rrrr, …, et Wafounette qui… porte un collier et « est belle ». GNNNNNAAAAA ENVIE DE TOUT PÊTER.

    J’en ai parlé à une maman d’une petite fille de 3 ans qui m’a donné un très bon conseil : avant de lire l’histoire, elle demande toujours à sa fille comment s’appelle le personnage central. Elle change donc l’histoire (et ses accords) en concordance : et d’un coup, le nombre de héros féminin a drastiquement augmenté !

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    • Bobby Elroy
      17 février 2017 à 16:12

      Je n’avais jamais entendu cette idée du prénom et je trouve ça GENIAL, je vais l’adopter dès qu’elle sera en âge !!

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  3. patty
    11 février 2017 à 17:14

    J’ai une ado à la maison…13 ans et dieu sait que je veux qu’elle soit forte, honnête, digne et en confiance. Le collège est terrible pour les filles, les collégiens sont terribles avec les filles. Une vraie moulinette à cerveaux qui bousille ton travail de mère. C’est bien de commencer tôt à se préoccuper de cette place de » filles » dans la vie. De toutes façons cela regarde toutes les femmes, filles, jeunes filles, enfants.
    J’ai beaucoup aimé ton article. Au plaisir de te lire à nouveau !

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    • Bobby Elroy
      17 février 2017 à 16:14

      Merci beaucoup pour ce commentaire ! Je ne garde pas un souvenir formidable du collège et j’imagine que maintenant ça doit être multiplié par 100 avec les réseaux sociaux et les modèles féminins… Courage à toi !

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  4. Maïa
    12 février 2017 à 00:56

    Alors juste comme ça en passant, je te conseille vivement « Les Culottées » de Pénélope Bagieu qui sont des portraits en bande-dessinée de différentes femmes à différentes époques et ce qu’elles ont inventé/dirigé/créé, etc. :)
    Tu peux les trouver sur le blog http://lesculottees.blog.lemonde.fr/ qui n’est plus mis à jour, ou édités en albums.

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  5. Sph Bloom
    12 février 2017 à 17:22

    Je ne connais pas encore le sexe de mon bébé mais ces questions ont été les premières que je me suis posées.

    Il me semble évident d’après ma propre éducation et mon mode de vie que notre enfant sera élevé dans la contradiction. On le regrettera a son adolescence, mais on en sera fière quand il sera adulte j’en suis sûre.

    Je comprends tes angoisses sur comment contrer ses stéréotypes. Y a qu’à voir les rayons grandes surfaces pour bébé, qui ne proposent que des bodys Roses, Bleus ou Blanc, c’est première barrière sur laquelle je me suis confrontée… vais-je vraiment devoir courrir les sites internet et dépenser des dizaines d’euros pour des bodys qui vont s’user plus vite que le bébé grandira…?

    Ça fait du bien de lire un article comme le tien et d’y voir les commentaires. On est pas seule à se poser ses questions et à vouloir changer les choses. C’est qu’on est surement sur la bonne voix malgré les difficultés de la société. A nous de faire changer les mentalités de nos enfants !

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    • Sph Bloom
      12 février 2017 à 17:24

      Et sorry pr les fautes… je ne me suis pas relue…

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    • Bobby Elroy
      17 février 2017 à 16:15

      Ah oui la couleur des premiers bodys !!! Et les vendeuses qui vont direct au rayon fille et font les gros yeux quand tu regardes les salopettes marrons à côté…

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  6. Zélia
    12 février 2017 à 22:14

    Ton post me reste en tête, et je pensais au fait que la loterie te donne un garçon, ben ça doit être un sacré taf aussi. Je me dis aussi que pour un garçon, c’est un sacré défi aussi de l’élever parce que tu dois certes lui apprendre de ne pas mépriser les filles et de ne pas se sentir supérieur par rapport à elle. Mais aussi qu’il ne faut pas qu’il se sente diminué par rapport à d’autres garçons de sa classe ou de son entourage.
    Autant on dit à une fille qu’elle est forcément faible parce que c’est une fille, autant on dira à un homme « fais pas ta chochote » , « tu devrais bricoler et faire des choses de tes mains au lieu de lire », « sois un Vrai Mec ». C’est aussi dur d’élever un garçon et ça doit également un sacré boulot de pas verser dans le cliché, même inconsciemment.

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    • Bobby Elroy
      17 février 2017 à 16:16

      Entièrement d’accord ! J’aurais complètement paniqué si c’était un garçon car c’est encore plus dur je trouve de lutter contre ces clichés.

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  7. Lilie
    13 février 2017 à 13:28

    J’ai une fille qui a 11 mois et j’ai pleuré aussi devant cette pub pendant toute ma grossesse… Jamais je ne la laisserai croire qu’il y a des choses qu’elle ne peut pas accomplir parce qu’elle est une fille, mais en effet il y a du boulot parce que tout autour de nous nous assène le contraire! Je me retrouve beaucoup dans cet article, merci de l’avoir écrit, ça fait du bien de lire ça!

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    • Bobby Elroy
      17 février 2017 à 16:17

      Merci à toi pour ce commentaire, et je suis sûre qu’on s’en sortira très bien :)

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  8. Sabine
    21 février 2017 à 19:29

    J’applaudis des 2 mains ! Je n’aurais pas si bien dit (d’ailleurs je ne le dis pas car je suis nulle pour poser proprement mes pensées).
    Mes 2 filles (11 et 8 ans) entendent sans cesse de leur père et moi QUELLES PEUVENT faire tout ce qu’elles veulent MAIS que le chemin sera toujours plus compliqué que pour leur petit frère.
    Continue comme ça yeah !
    Et hâte d’avoir la suite de tes lectures

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